Moi pas travail, moi RSI, moi pas sortir samedi, moi laver pare brise

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Derrière ce titre digne d’un sketch (de bon goût) de Michel Leeb ou Laurent Gerra, je voudrais aborder un sujet qui m’ennuie un peu. Celui de l’image de ma profession.

Je vois fleurir çà et là, parmi certains confrères photographes de mariage, des articles qui tentent pédagogiquement d’expliquer le pourquoi des tarifs.
Tous sont très bien documentés et nous apprennent que derrière le montant à 4 chiffres qui figure au bas du devis, il y des frais, des taxes et qu’à la fin du compte le photographe récupère, au mieux, un maigre smic horaire. Très bien, c’est effectivement très instructif.
Le but avoué de ces articles, est de faire prendre conscience aux clients (ou plutôt aux prospects) que ce pour quoi ils payent est justifié.
Seulement, j’ai le sentiment que c’est terriblement contre productif.

Je suis arrivé dans le métier, par passion comme tout le monde, ayant trouvé un moyen de joindre l’utile à l’agréable. C’est un privilège de nos jours, j’en ai tout à fait conscience. J’ai appris à aimer ma profession, et souhaite plus que tout continuer à l’exercer. Longtemps, tant que ma santé, et ma motivation le permettront.
Pour ça, il faut un marché, des clients prêts à tomber d’accord avec moi sur une base saine pour chacun. C’est le principe de base du commerce : tout le monde doit y trouver son compte. Le client qui doit repartir avec la sensation d’en avoir eu pour son argent et le commerçant qui doit pouvoir vivre dignement.
Ce marché, ce n’est pas quelque chose de nébuleux, tel un éther impalpable dans lequel nous flotterions. Ce marché c’est le résultat de nos agissement à tous : clients, commerçants, fournisseurs (tendances et modes aussi) etc… Chacun de ces acteurs à un rôle important à jouer. Le nôtre, en tant que photographe, est de mettre en avant notre savoir faire, notre expertise. Pour montrer à quel point nous sommes la personne à qui faire confiance.
Pour ça, quoi de mieux que de valoriser positivement notre travail ? Quoi de mieux que de donner envie ? Quoi de mieux que de faire prendre conscience aux autres l’or que nous avons tous au bout de notre objectif ?

Lorsque je vais acheter mon pain chez le boulanger à 15km de chez moi, alors que j’ai un hypermarché à 1 minute, je le fais pour une seule raison : j’ai du plaisir à manger ce pain, malgré les 30km aller retour de voiture. Point bonus, le sourire de la boulangère et les 2-3 bons mots qu’on échange, agrémentent agréablement la transaction. Tout ça me fait oublier les 30 km que j’ai dû faire en voiture (promis l’année prochaine je compense mon CO2). Je pourrais prendre ma baguette industrielle au Leclerc d’à côté. Mais non.
Tout ça c’est très personnel. Je ne demande pas à mon voisin d’avoir les mêmes comportements que moi. Je l’ai accepté par choix entièrement subjectif. Parce que dans mon échelle personnelle de valeurs le bon pain c’est important. Important mais inquantifiable, au sens propre : il n’y a pas d’échelle de Richter du bon pain.
Si j’achète mon pain chez ce boulanger c’est uniquement par choix subjectif. Jamais je ne lui ai demandé son salaire, ses charges. Jamais je ne lui ai fait remarqué que le cours de la farine avait baissé et qu’il devrait répercuter la baisse sur le prix de ma baguette. Jamais je ne me suis apitoyé sur ses courtes nuits (et ses longues matinées à subir Rire et Chanson ou  Nostalgie).
Je m’en fiche de tout ça. Son pain est délicieux, c’est suffisant. Et c’est la seule chose qui compte dans ma décision d’achat.

C’est pourtant ce que les auteurs des articles dont je parle voudraient que l’on fasse : payer par charité. Payer tel prix parce qu’on doit acheter du matériel, qu’on a des charges et des impôts, parce qu’on n’a pas de temps libre le week end ou que sais-je. Susciter la pitié pour déclencher l’envie ? Je ne suis pas certain que ce soit une technique commerciale bien efficace.
Ce que vous faites c’est tuer notre métier. En médiatisant un discours qui donne l’image de photographes à l’agonie qui en sont réduit à déballer leurs comptes de résultat comme arme ultime pour faire pleurer dans les chaumières, vous véhiculez une image de bêtes affamées prêtes à tout. Il n’y a rien de plus dévalorisant.
Ce qu’on vend c’est du luxe. Au même titre que du parfum ou des bijoux. On n’a pas besoin de la photo, on en a envie. Soyons cohérents avec ça. On n’a jamais vu un bijoutier communiquer sur le cours de l’or et le loyer de sa boutique.

Donnez envie, ne faites pas la manche. Montrez que votre travail vaut ce qu’il vaut parce que vous êtes le seul à avoir telle ou telle compétence, à proposer tel ou tel service.
Les clients se contrefichent de nos marges, de nos emplois du temps, tant qu’on peut leur offrir ce qu’ils cherchent. Le monde du commerce est rempli d’exemples qui le prouvent.

Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire : penser positif et faire envie, ou retourner laver des pare-brise porte de la Chapelle.